Ce sont toutes les innombrables facettes de Rosalía que les 16 000 personnes réunies à la LDLC Arena de Lyon ont pu admirer, lundi 16 mars. Car c’est dans la ville française que la chanteuse catalane a lancé la tournée mondiale de son album Lux, sorti en novembre 2025 et applaudi par la critique. Elle a livré un spectacle ambitieux, théâtral et par moments éblouissant, comme l'a souligné un reporter du quotidien espagnol El País, qui se trouvait dans la foule.
La presse espagnole trépignait d’impatience et plusieurs journalistes ont fait le voyage pour ce premier concert en France, avant deux dates à Paris (les 18 et 20 mars, à l’Accor Arena) et surtout le passage en Espagne, à partir du 30 mars. Leur verdict est à l’unisson devant l’incroyable performance de l’artiste qui met en scène son quatrième disque, Lux, avec une grande créativité.
Une cérémonie pop aux accents baroques
Pour El País, la Catalane de 33 ans a su relever le défi d’interpréter en direct un album aussi sophistiqué et maximaliste. Sur scène, Lux devient une cérémonie pop d’inspiration classique, qui emprunte aussi bien à l’opéra qu’au ballet et au monde de l’art contemporain, sans cesser d’être un grand spectacle populaire. La religion, au cœur de cet album, est omniprésente : saints, blanc virginal et symboles de dévotion, mais sans noyer le concert de solennité.
L’arrivée de l’artiste a été particulièrement théâtrale, comme l'a décrit La Vanguardia : une boîte blanche s’est ouverte et Rosalía est apparue, vêtue d’un tutu telle une figurine de boîte à musique. Elle a ensuite enclenché le minutieux mécanisme qui a donné vie à Lux, une pop aux airs d’opéra, une musique électronique avec orchestre en live, un spectacle très théâtral.
La star a ainsi endossé plusieurs rôles, raconte El País : dévote et sainte, danseuse de cabaret, muse d’artiste, teufeuse hallucinée, apprentie de Lucifer et, finalement, créature céleste aux ailes d’ange. Tout cela sur une scène semi-circulaire dont les changements de décors rappelaient l’opéra, accompagnée d’un orchestre disposé en forme de croix.
Quelle intensité !
L’émotion était palpable, tout comme le bonheur du public, selon El Mundo. Parfois les chansons s’écoulaient avec douceur, mais la plupart du temps elles se déchaînaient, débridées, à l’image de Rosalía qui a fondu en larmes, submergée par l’émotion au début du show. Elle a ensuite beaucoup ri et plaisanté, prouvant qu’elle était dans son élément.
Face à un voyage musical très riche, à l’image de l’univers de la chanteuse, qui entremêle spirituel, baroque, intime, flamenco et électro, El Mundo estime que Rosalía parvient à donner une cohérence à ce tourbillon. Quelle agitation l’anime, quelle frénésie et quelle intensité, s’exclame le quotidien.
Des titres de ses précédents albums ont également été interprétés, comme La Noche de anoche et Despechá, avec Rosalía arborant ses ailes d’ange, élevant le voyage scénique de Lux jusqu’aux cieux, pour dessiner un cercle aussi surprenant que l’album, avec audace et imagination.
Rosalía, une artiste au carrefour des genres
Née à Sant Esteve Sesrovires, près de Barcelone, Rosalía Vila Tobella a commencé très jeune à étudier le chant et le flamenco à l'Escuela Superior de Música de Cataluña. Son premier album, Los Ángeles (2017), produit avec Raül Refree, a été salué pour sa fusion entre flamenco traditionnel et musiques contemporaines. Mais c’est avec El Mal Querer (2018) qu’elle a conquis le monde, mêlant flamenco, pop, R&B et trap, et obtenant un Grammy latino et un disque de platine.
Son troisième album, Motomami (2022), a marqué un tournant encore plus radical, intégrant des influences reggaeton, bachata, electropop et même musique industrielle. Acclamé par la critique comme l’un des meilleurs albums de l’année, Motomami a confirmé Rosalía comme une pionnière de la pop latine expérimentale. Aujourd’hui, avec Lux, elle poursuit son exploration sonore en convoquant des textures orchestrales, des chœurs lyriques et des élans spirituels qui transcendent les frontières musicales.
La tournée Lux Tour, qui passera par l’Europe, l’Amérique du Sud et les États-Unis, s’annonce comme l’un des événements live les plus attendus de l’année. Pour cette première à Lyon, Rosalía a prouvé qu’elle maîtrise aussi bien l’art de la mise en scène que celui de la performance vocale, offrant à son public une expérience quasi mystique.
La scénographie, pensée comme un opéra contemporain, utilise des jeux de lumière, des projections et des changements de décors rapides pour soutenir la narration. L’orchestre, composé de musiciens classiques et de chanteurs lyriques, apporte une ampleur sonore rare dans un concert pop. Rosalía elle-même alterne entre chant puissant et murmures intimes, prouvant une maîtrise vocale exceptionnelle.
Les danseurs, vêtus de costumes inspirés de la Renaissance et du futurisme, évoluent autour d’elle, créant des tableaux vivants qui rappellent les grandes cérémonies religieuses ou les ballets royaux. Cette fusion des époques et des genres fait de Lux un album résolument moderne, tout en puisant dans des traditions séculaires.
Les critiques espagnols, d’ordinaire exigeants avec leurs artistes, n’ont eu que des louanges pour ce show. Certains ont même parlé d’un « moment de grâce » pour la musique espagnole, voyant en Rosalía l’héritière d’une longue tradition de chanteuses flamencas réinventées, à l’image de Carmen Linares ou de la Niña de los Peines, mais catapultée dans le XXIe siècle.
Au-delà de l’aspect purement musical, le concert de Lyon a également été l’occasion pour Rosalía de montrer son engagement artistique total. La scène, conçue comme un espace sacré, lui permet d’incarner une figure quasi divine, tout en restant accessible, proche de son public. Les moments d’improvisation, les sourires et les larmes participent de cette authenticité qui a fait sa marque de fabrique.
Alors que la critique française n’a pas encore livré son verdict, les retours des fans sur les réseaux sociaux sont unanimes : « meilleur concert de ma vie », « show à couper le souffle », « Rosalía est une extraterrestre du talent ». La tournée promet donc de marquer l’année 2026, et le Lux Tour devrait être l’un des spectacles les plus commentés de la décennie.
Rendez-vous maintenant à Paris, puis en Espagne, où l’artiste achèvera cette première partie européenne avant de s’envoler pour l’Amérique. Avec un tel démarrage, nul doute que les fans du monde entier attendent avec impatience de vivre cette expérience unique.
Source: Courrier international News