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Lisa Marie Presley : la descente aux enfers de la fille du King

Jul 29, 2026  Twila Rosenbaum  6 views
Lisa Marie Presley : la descente aux enfers de la fille du King

16 août 1977, Graceland. Dans la chaleur étouffante de Memphis, dans le Tennessee, des dizaines de fans hurlent devant les grilles de la propriété sans savoir ce qui se passe à l’intérieur. Elvis Presley vient de s’effondrer sur le sol de sa salle de bains, terrassé par une crise cardiaque, le corps rongé par des années d’abus de médicaments. Il a 42 ans. Sa fille unique, Lisa Marie, en a 9.

Les premières années de Lisa Marie Presley avaient pourtant tout pour faire rêver. Quand elle veut voir la neige, Elvis affrète un jet privé pour l’emmener dans l’Idaho puis dans l’Utah découvrir la poudreuse. Il la couvre de fourrures, de diamants, baptise même son avion personnel de son prénom. Le King ne lui refuse rien. À 4 ans, ses parents divorcent, et la petite fille se retrouve tiraillée entre deux univers totalement opposés : la discipline stricte imposée par sa mère Priscilla à Los Angeles, et l’univers démesuré, totalement hors du temps, de Graceland, où son père, miné par les médicaments, dort le jour et vit la nuit.

Graceland devient un musée en 1982

Le testament désigne Lisa Marie comme héritière, aux côtés de son grand-père Vernon et de son arrière-grand-mère Minnie Mae, qui décèdent tous deux peu après le King. À 12 ans, en 1980, Lisa devient l’unique héritière de l’empire Presley. Priscilla, mise à l’écart de la succession par le testament, reprend néanmoins les rênes du patrimoine de sa fille. Elle évince le sulfureux Colonel Parker, crée la société Elvis Presley Enterprises, et transforme Graceland en musée dès 1982. Le succès est immédiat : la propriété devient le deuxième monument le plus visité des États-Unis après la Maison-Blanche, drainant des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

« J’étais très seule, sans amis de mon âge », confiera Lisa Marie en 2003 à Stina Dabrowski. Ballottée entre les pensionnats chics de Los Angeles, où elle ne se sent jamais à sa place, coincée entre des gosses de riches hollywoodiens qu’elle ne supporte pas et le souvenir d’un père absent, la petite fille déjà fragile devient une adolescente à la dérive.

« Les roses sont rouges, les violettes sont bleues, et moi, je suis schizo »

À 16 ans, en 1984, Lisa Marie zigzague sur Sunset Boulevard au volant d’une vieille Toyota déglinguée, sur laquelle elle a fait peindre un autocollant « Les roses sont rouges, les violettes sont bleues, et moi, je suis schizo. » Un ancien camarade de collège racontera n’avoir jamais vu personne ingérer autant de cocaïne de sa vie : « Au bout de soixante-douze heures, elle s’évanouissait. On croyait qu’elle était morte, mais elle en redemandait. »

Haschich, marijuana, cocaïne, somnifères : Lisa essaie tout. Elle se fait renvoyer de tous les pensionnats chics les uns après les autres. Dépassée, Priscilla Presley place sa fille dans une chambre d’étudiante au sein de l’Église de Scientologie. Le changement est radical : elle arrête les substances illicites, trouve une forme de cadre. Elle dit elle-même que la secte l’a « probablement sauvée de l’overdose. »

En 1993, jour de ses 25 ans, elle hérite du patrimoine familial, dont la valeur était estimée à 100 millions de dollars. Lisa Marie mène une vie étonnamment modeste pour une héritière de cette envergure : elle travaille un an dans une société juridique, fait ses courses au supermarché de Tarzana avec des bons de réduction découpés dans le journal – une habitude qui la suivra toute sa vie et fascinera la presse, qui adorera répéter que la milliardaire négociait les prix chez l’épicier.

« Avec Michael Jackson, notre quotidien était absolument normal »

Elle rencontre Danny Keough, musicien, dans l’Église de Scientologie qu’elle épouse à 20 ans. Le couple a deux enfants : Riley, en 1989, puis Benjamin, en 1993. Le mariage s’essouffle vite et le divorce est prononcé en mars 1994. Mais les ex restent proches : « Nous sommes comme frère et sœur », commentera-t-elle en 2005 au magazine « People ».

Vingt jours à peine après son divorce, Lisa Marie épouse secrètement Michael Jackson à Saint-Domingue, en République Dominicaine. « Aussi dingue que ça puisse paraître, notre quotidien était absolument normal », confie Riley Keough lors d’une interview accordée à Paris Match en octobre 2024. « Ma mère et Michael nous déposaient à l’école le matin, ils venaient nous chercher le soir. » Dans l’intimité du foyer, le roi de la pop devient simplement « Mimi ». La superstar passe des heures à sauter sur un trampoline avec Riley et le petit Benjamin. « Ma mère et Mimi refaisaient le monde autour d’une tasse de thé. Ils étaient très affectueux l’un envers l’autre. Elle était obsédée par lui. »

Mais cette obsession amoureuse, aussi sincère soit-elle, ne suffit pas. Le roi de la pop est alors au début de ses ennuis judiciaires, accusé d’abus sur mineur – des accusations qu’il nie jusqu’à sa mort, et que Lisa Marie, des années plus tard, balaie avec une fermeté absolue dans ses propres mémoires, disant que si elle avait été témoin d’un seul geste déplacé envers un enfant, elle l’aurait tué elle-même.

Le mariage avec Michael ne résiste pas à l’épreuve du temps. Moins de deux ans après l’avoir épousé, Lisa Marie divorce. S’ensuivent deux dépressions, et une nouvelle tentative de suicide. On la retrouve dans une salle de bains, les bras gribouillés au feutre d’une phrase glaçante : « I am ugly, nobody loves me » (« Je suis affreuse, personne ne m’aime »).

En 2002, elle se marie une troisième fois à Hawaï avec Nicolas Cage. L’acteur est un fan inconditionnel d’Elvis Presley, collectionneur de ses costumes de scène, qui l’aborde un peu maladroitement à l’anniversaire d’un ami commun en lui parlant… de son père. « Je lui ai dit : c’est tout ce que t’as trouvé pour me draguer ? » L’union ne dure que trois mois. « Nous avions tous les deux 12 ans d’âge mental, les hauts étaient vraiment très beaux, et les bas vraiment très bas », résumera-t-elle des années plus tard.

« Ma psy m’a dit que c’était un miracle que je sois encore vivante »

En 2003 sort enfin son premier album « To Whom It May Concern ». Disque d'or aux États-Unis, succès honorable mais loin, très loin, de la démesure de l’héritage qu’il porte. Elle s’y livre sans détour, l’écriture est sa thérapie. Deux autres albums suivront, « Now What » en 2005 et « Storm & Grace » en 2012, sans jamais retrouver le succès du premier.

En 2006, elle épouse Michael Lockwood, guitariste et producteur de musique. De cette union naissent, en 2008, après plusieurs fausses couches, les jumelles Harper et Finley. Pendant un temps, il semble que Lisa Marie ait enfin trouvé de la stabilité – dix années de mariage, un record pour elle. Mais en 2016, le couple se sépare, et la procédure de divorce, longue et acrimonieuse, dure cinq ans. Devant le juge, Lockwood affirme que Lisa s’enfermait pendant des jours dans sa chambre, sous l’emprise de comprimés et d’autres substances.

C’est dans ce contexte, en 2018, qu’elle finit par admettre publiquement ce qui était un secret de polichinelle : son addiction aux opioïdes, commencée selon elle après la naissance des jumelles en 2008, à la suite d’une prescription d’antidouleurs censée être limitée dans le temps. « Ma psy m’a dit que c’était un miracle que je sois encore vivante », confiera-t-elle.

Sur le plan financier aussi, tout s’effondre. En 2018, elle se déclare en faillite personnelle : il ne lui reste « que » 13 000 dollars sur son compte, et 15 millions de dollars de dettes… elle qui avait pourtant déjà vendu 85 % de l’empire Elvis Presley Enterprises pour 100 millions de dollars en 2004. Elle intente un procès à son gestionnaire de patrimoine, Barry Siegel, qui l’accuse en retour d’avoir dilapidé « par deux fois » la fortune de son père depuis qu’elle en a hérité.

Le drame de sa vie

Entre Lisa Marie et son fils Benjamin, le lien est fusionnel. À ses yeux, il est portrait craché du King. Mais comme elle, il est instable, traverse des phases de dépendance et de déprime profonde. Dans la nuit du 12 juillet 2020, dans la salle de bains de la maison familiale de Calabasas, Benjamin Keough, 27 ans, se tire une balle dans la tête et Lisa Marie découvre le corps. Pendant près de deux mois, une pièce de la maison est maintenue à 13 degrés Celsius pour conserver son corps, le temps que Lisa Marie se décide entre Hawaï et Graceland pour l’enterrement. « Ma mère avait besoin d’avoir un minimum le contrôle de la situation », confiera sa fille.

Riley elle-même venait s’asseoir régulièrement au chevet de son frère. « Dans notre société occidentale, nous abordons la mort de la plus froide des façons […] Je pense que si on proposait cela à toutes les mères du monde, elles feraient sans doute la même chose », commentera-t-elle. Riley savait dès le début que sa mère ne se relèverait jamais vraiment de cette perte : « Mon frère était son petit garçon chéri. Elle n’aurait pas pu vivre sans lui. C’était impossible. Je savais intrinsèquement qu’elle ne pouvait pas se remettre de la mort de son fils », dira-t-elle à Paris Match.

Après la mort de son fils, Lisa Marie se retire de la vie publique. Elle se consacre à ses filles, et trouve un sens nouveau en coanimant en privé, avec son ami David Kessler, des groupes de soutien pour parents endeuillés. Fin 2022, la sortie du biopic « Elvis » de Baz Luhrmann la pousse à ressortir de l’ombre. Très nerveuse à l’idée de la réaction du public, elle est extrêmement touchée par la performance d’Austin Butler, qui incarne son père avec une justesse bouleversante.

Le 8 janvier 2023, elle se rend à Memphis pour célébrer ce qui aurait dû être le 88e anniversaire de son père, dissimulant ses cernes derrière des lunettes de soleil fumées. Après le départ des derniers visiteurs, elle emmène son ami David Kessler au jardin de méditation de Graceland, où reposent son père et son fils. Ils restent assis en silence devant la tombe de Benjamin. Elle lui montre l’emplacement où elle souhaite être enterrée un jour, juste en face de celle de son père.

Cinq jours plus tard, le 10 janvier, elle assiste aux Golden Globes pour soutenir Austin Butler, récompensé pour son rôle. Sur le tapis rouge, elle est titubante, doit s’agripper au bras de son ancien manager pour monter les marches. « On dirait une morte-vivante », écrira un journaliste ce soir-là. Ce sera sa dernière apparition publique. Le 12 janvier 2023 au matin, sa gouvernante la découvre inconsciente dans sa chambre, à Calabasas. Danny Keough, son premier mari, tente de la réanimer. Transportée à l’hôpital, Lisa Marie Presley est déclarée en état de mort cérébrale, puis fait un second arrêt cardiaque. Elle meurt entourée de sa mère Priscilla, de ses ex-maris Danny et Michael, et de ses filles. Elle avait 54 ans.

L’héritage de Lisa Marie Presley dépasse les simples biens matériels. Son histoire reflète les affres d’une célébrité héritée et d’une quête personnelle d’identité. Avec la sortie posthume de ses mémoires et le biopic, son parcours continue de fasciner et d’émouvoir. Ses filles Riley, Harper et Finley perpétuent la mémoire de leur mère et de leur grand-père, tandis que Graceland reste un pèlerinage pour des générations de fans.


Source: Parismatch News


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