Les doutes ne se dissipent autour de Carlos Alcaraz, qui n’a plus disputé de match sur le circuit ATP depuis sa blessure au poignet lors du tournoi de Barcelone en avril. Le chef des services médicaux de la Fédération italienne de tennis (FITP), Gianni Daniele, est revenu sur la période difficile que traverse le septuple vainqueur en Grand Chelem espagnol. Dans un entretien accordé au quotidien transalpin La Repubblica, le médecin a exprimé ses doutes quant au rétablissement du Murcien de 23 ans.
« En Espagne, on n’a toujours pas précisé la nature de la blessure au poignet d’Alcaraz […] des doutes commencent à émerger », avance-t-il. Jouer avec cette appréhension d’une rechute pourrait entraîner « une période difficile sur le plan mental car il ne parvient pas à retrouver son niveau d’antan », poursuit le chirurgien, qui pense que le numéro 3 mondial « souffre d’une forme de dépression qui l’empêche de retrouver confiance ».
Cette déclaration intervient alors qu’Alcaraz a déjà déclaré forfait pour le Masters 1000 de Cincinnati et pourrait aussi manquer l’US Open début septembre. Une perspective inquiétante pour les fans du jeune Espagnol, qui avait remporté le tournoi new-yorkais l’année dernière en battant en finale Jannik Sinner en quatre sets (6-2, 3-6, 6-1, 6-4).
Une saison 2024 marquée par les blessures
Carlos Alcaraz a connu une année 2024 en dents de scie. Après un début de saison canon, avec un titre à Indian Wells en mars, il a ensuite été contraint de déclarer forfait pour le tournoi de Monte-Carlo en raison d’une blessure au bras droit. Il a fait son retour sur la terre battue de Barcelone, où il s’était imposé en 2022 et 2023, mais a dû abandonner au cours du tournoi après avoir ressenti une douleur au poignet droit. Depuis, il n’a plus joué, manquant notamment le Masters 1000 de Madrid, qu’il avait remporté en 2022 et 2023, ainsi que le tournoi de Rome.
Cette blessure récurrente soulève des questions sur la gestion physique du joueur, connu pour son jeu intense et spectaculaire. À seulement 23 ans, Alcaraz a déjà remporté sept tournois du Grand Chelem, dont trois fois l’US Open (2022, 2023, 2024) et deux fois Wimbledon (2023, 2024). Il a également été numéro 1 mondial à plusieurs reprises, devenant le plus jeune joueur de l’histoire à atteindre cette place en septembre 2022, à l’âge de 19 ans.
L’avis d’un médecin italien
Gianni Daniele n’est pas n’importe quel médecin. En tant que chef des services médicaux de la FITP, il suit de près les joueurs italiens, notamment Jannik Sinner, et il est bien placé pour observer les tendances physiques et mentales sur le circuit. Ses propos sur Alcaraz ne doivent pas être pris à la légère, même s’il s’agit d’une hypothèse émise à distance, sans avoir examiné le joueur.
Le médecin italien souligne un point important : l’absence de communication claire sur la nature exacte de la blessure d’Alcaraz. Dans le tennis moderne, où les joueurs sont souvent très suivis médiatiquement et médicalement, cette opacité peut alimenter les spéculations. Daniele estime que cette incertitude peut peser lourdement sur le mental d’un compétiteur d’élite, qui se demande s’il pourra retrouver son meilleur niveau après une absence prolongée.
« Il ne parvient pas à retrouver son niveau d’antan », insiste le médecin, faisant référence aux performances exceptionnelles d’Alcaraz depuis ses débuts professionnels en 2018. Le joueur a rapidement gravi les échelons, remportant son premier titre ATP à Umag en 2021, puis son premier Grand Chelem à l’US Open en 2022. Il a enchaîné les succès, s’imposant comme le principal rival de Novak Djokovic et de Jannik Sinner pour la suprématie mondiale.
La santé mentale dans le tennis : un sujet de plus en plus pris au sérieux
Les déclarations de Gianni Daniele s’inscrivent dans une prise de conscience plus large de l’importance de la santé mentale dans le sport de haut niveau. De nombreux joueurs et joueuses ont récemment évoqué leurs difficultés psychologiques, comme Naomi Osaka, qui s’est retirée de Roland-Garros en 2021 pour préserver sa santé mentale, ou encore Nick Kyrgios, qui a parlé de ses épisodes dépressifs.
Le tennis est un sport particulièrement exigeant sur le plan mental. Les joueurs passent de longues périodes loin de leur famille et de leurs proches, enchaînent les déplacements à travers le monde et doivent composer avec la pression constante des médias, du public et de leurs propres attentes. Les blessures ajoutent une couche supplémentaire de stress, car elles remettent en cause l’identité même du joueur, son corps étant son principal outil de travail.
Pour Alcaraz, la situation est d’autant plus compliquée qu’il est souvent comparé à Rafael Nadal, son compatriote et idole, connu pour sa résilience face aux blessures. Mais chaque joueur est différent, et la manière de gérer une blessure varie d’un individu à l’autre. Certains reviennent plus forts, d’autres ont besoin de plus de temps pour retrouver confiance en leur corps.
Le cas Jannik Sinner
Dans son interview au La Repubblica, Gianni Daniele a également pris la parole sur le cas de Jannik Sinner, qui a annoncé son absence au Masters 1000 de Cincinnati ce 9 août pour une gêne au genou. « Les joueurs de tennis prennent en compte bien plus que leur seule santé physique », a relativisé le Romain. « Le numéro un mondial ne participe pas à un Masters 1000 pour s’entraîner, disputer quelques matchs et rentrer chez lui. Je pense qu’il s’agissait d’une décision de précaution, et non d’un problème grave », estime-t-il.
Cette déclaration montre que le médecin italien adopte une approche pondérée, même lorsqu’il s’agit de son compatriote. Sinner, âgé de 23 ans, connaît une saison remarquable, avec des victoires à l’Open d’Australie et à Miami, et une progression continue au classement ATP. Son forfait à Cincinnati semble effectivement être une mesure de précaution pour ne pas aggraver une douleur au genou, à quelques semaines de l’US Open.
Le contraste entre le cas Sinner et le cas Alcaraz est frappant. D’un côté, un joueur qui gère sa blessure avec transparence et qui a les moyens de faire l’impasse sur un tournoi pour mieux préparer les échéances à venir. De l’autre, un joueur dont la blessure semble plus mystérieuse et dont l’absence prolongée commence à inquiéter les observateurs. Gianni Daniele ne veut toutefois pas « dramatiser la situation » et pense que le vainqueur de Wimbledon en juillet « s’en sortira bien à l’US Open ».
Les enjeux pour l’US Open
L’US Open, qui débute fin août, est l’un des tournois les plus attendus de l’année. Carlos Alcaraz y a écrit quelques-unes des plus belles pages de sa jeune carrière. En 2022, il avait remporté son premier titre du Grand Chelem en battant Casper Ruud en finale, devenant à 19 ans le plus jeune numéro 1 mondial de l’histoire. En 2023, il avait été éliminé en demi-finale par Daniil Medvedev, mais avait pris sa revanche l’année suivante en s’imposant face à Sinner dans une finale de haute volée.
Si Alcaraz ne se rétablit pas à temps pour l’US Open, ce serait un coup dur pour le tournoi, mais aussi pour le joueur lui-même, qui ne pourra pas défendre les points de sa victoire de l’an dernier. Dans un classement ATP de plus en plus disputé, cette absence pourrait le faire reculer, tandis que Sinner, Novak Djokovic et d’autres candidats aux titres majeurs en profiteraient pour creuser l’écart.
Le fait que le médecin italien évoque une possible dépression soulève également des questions sur la manière dont l’entourage d’Alcaraz gère sa santé mentale. Le joueur est entouré d’une équipe compétente, dirigée par son entraîneur Juan Carlos Ferrero, ancien numéro 1 mondial. Mais personne n’est à l’abri d’un passage à vide, surtout lorsqu’il s’agit de gérer une blessure qui ne guérit pas aussi vite que prévu.
L’importance de la patience dans la rééducation
Les blessures au poignet sont particulièrement délicates dans le tennis, car elles sollicitent une articulation essentielle pour la frappe et le toucher de balle. De nombreux grands joueurs ont connu des carrières perturbées par ce type de blessure, comme Juan Martín del Potro, qui n’a jamais retrouvé son niveau après une blessure au poignet, ou encore Andy Murray, qui a dû subir une opération de la hanche en 2018.
Pour Alcaraz, la patience est de mise. À 23 ans, il a encore de nombreuses années devant lui, mais chaque semaine sans compétition peut sembler une éternité pour un joueur habitué à enchaîner les matchs et les victoires. Le défi est autant physique que mental : il faut laisser le temps au corps de guérir, tout en entretenant la confiance et la motivation.
La question de la dépression, évoquée par Gianni Daniele, n’est pas à prendre à la légère. Une blessure grave peut être une épreuve psychologique aussi difficile que physique. Le joueur doit faire face à la douleur, à l’incertitude, à la peur de ne jamais revenir au meilleur niveau, et à la frustration de voir les autres progresser pendant qu’il est à l’arrêt. Dans ces moments-là, un soutien psychologique adapté peut être tout aussi important que les soins médicaux.
Les réactions du monde du tennis
Les propos de Gianni Daniele ont suscité de nombreuses réactions dans le monde du tennis. Certains observateurs estiment que le médecin italien a mis le doigt sur un problème réel, d’autres jugent qu’il va trop loin en parlant de dépression sans avoir examiné le joueur. Quoi qu’il en soit, cette prise de parole a le mérite de mettre en lumière la pression qui pèse sur les jeunes champions.
Carlos Alcaraz n’a pas encore répondu à ces déclarations. Son équipe a simplement confirmé qu’il poursuivait sa rééducation et qu’il ferait le point dans les prochains jours. Les fans espèrent qu’il sera présent à l’US Open, mais ils sont conscients que sa santé passe avant tout. Le tennis a besoin d’un Alcaraz au sommet de sa forme, tant pour le spectacle que pour la rivalité avec Sinner, Djokovic et les autres ténors du circuit.
En attendant, le monde du tennis retient son souffle. L’US Open approche à grands pas, et l’incertitude autour de la participation d’Alcaraz ajoute une dose de suspense à un tournoi qui s’annonce déjà passionnant. Le Français Gaël Monfils a été éliminé dès son entrée en lice à Cincinnati, tandis que la Polonaise Iga Swiatek a remporté le titre à Toronto. Les tournois de Montréal et de Cincinnati servent de répétition générale avant New York, et les absences de Sinner et d’Alcaraz laissent entrevoir une hiérarchie encore plus ouverte.
Reste à savoir si le numéro 1 mondial Jannik Sinner retrouvera son rival espagnol à New York, où Carlos Alcaraz avait pris le dessus en finale l’an dernier (6-2 3-6 6-1 6-4). Leur rivalité est déjà l’une des plus captivantes de l’ère moderne, avec des styles de jeu contrastés : la puissance et l’agressivité d’Alcaraz face à la régularité et la précision de Sinner. Leurs confrontations ont souvent tenu toutes leurs promesses, et une nouvelle oppositon sur le court Arthur Ashe serait un moment fort de la saison.
Pour l’heure, la priorité est au rétablissement. Carlos Alcaraz doit se soigner, physiquement et mentalement. Il a encore le temps de revenir, comme l’a souligné Gianni Daniele, qui ne veut pas dramatiser la situation. Mais les prochaines semaines seront décisives pour sa participation à l’US Open et pour la suite de sa carrière. Dans un sport où la frontière entre le génie et la fragilité est parfois mince, Alcaraz devra puiser dans ses ressources pour surmonter cette épreuve.
Source: Ouest-France.fr News