Un obstacle inattendu sur la route de West Side Story
La route vers le succès n'a pas été de tout repos pour Rachel Zegler. Alors qu'elle n'avait encore jamais joué au cinéma, la star de West Side Story a dû faire face à un obstacle inattendu pendant le casting du remake du film de 1961 entre les mains de Steven Spielberg : la suspicion des producteurs concernant ses origines latines. Ce rôle de Maria, l'un des plus convoités de la décennie, aurait pu lui échapper non pas à cause de son talent, mais à cause de doutes sur son identité. Une situation que l'actrice a racontée sans détour, révélant les coulisses peu reluisantes d'un processus de sélection pourtant présenté comme une grande avancée en matière de représentation.
« Il y avait de la confusion parce que je n'ai pas une seule once de latin dans mon nom », a-t-elle confié à Allure. « Ils appelaient sans cesse pour s'assurer que j'étais légitime. Je me suis dit : Vous voulez que j'amène ma abuelita ? Je vais le faire. Je vais l'amener au studio si vous voulez la rencontrer. » Ces mots résument le paradoxe auquel de nombreux acteurs issus de minorités sont confrontés : être suffisamment latin pour le rôle, mais pas assez selon des critères souvent flous, définis par des décideurs qui ne partagent ni la culture ni l'expérience des communautés concernées.
« C'était gênant » : la difficile preuve de ses racines
Pour Rachel Zegler, fille d'une mère colombo-américaine et d'un père polono-américain, ces doutes sur son identité demeurent un souvenir pénible. « C'était gênant de voir une bande d'exécutifs blancs me demander de leur prouver mon identité », a-t-elle remarqué. La jeune femme, née en 2001 dans le New Jersey, a grandi entre deux cultures. Son prénom et son nom de famille ne correspondaient pas aux attentes stéréotypées de certains producteurs, qui semblaient attendre une confirmation administrative de sa latinidad. Pourtant, Rachel Zegler n'a jamais caché ses origines. Elle a souvent évoqué sa grand-mère colombienne, sa famille, ses traditions, et l'importance de cette double appartenance dans sa vie comme dans son travail.
Cette exigence de preuve n'est pas un cas isolé à Hollywood. De nombreux acteurs afro-latins, autochtones ou métis ont témoigné de castings où on leur demandait de justifier leur appartenance ethnique, parfois en fournissant des photos de famille, des tests ADN ou des documents. Pour les productions qui cherchent à corriger des décennies de whitewashing, la volonté de bien faire peut se transformer en contrôle intrusif. Le cas de West Side Story est d'autant plus symbolique que le film original de 1961 avait justement été critiqué pour avoir confié le rôle de Maria à Natalie Wood, une actrice d'origine russe et ukrainienne, maquillée pour paraître latina. Le remake de Spielberg se voulait une réponse à cette injustice historique.
Un rôle sous haute tension
Lorsque Steven Spielberg annonce qu'il va réaliser une nouvelle version de West Side Story, le projet est présenté comme une chance de mettre en avant des acteurs latinos authentiques. Des castings ouverts sont organisés dans plusieurs villes, et des milliers de candidats se présentent. Rachel Zegler, alors âgée de 17 ans, envoie une vidéo où elle chante « Tonight » et « I Feel Pretty ». Elle est retenue après plusieurs auditions. Mais avant même de pouvoir savourer cette victoire, elle doit faire face aux questions insistantes sur ses origines. La pression est d'autant plus forte que le rôle de Maria est emblématique pour toute une communauté.
Dans une interview accordée à Allure, l'actrice explique que les producteurs appelaient régulièrement pour vérifier qu'elle était bien latine. Elle propose alors, avec humour et agacement, de faire venir sa grand-mère au studio. Cette anecdote, à la fois drôle et révélatrice, met en lumière le racisme ordinaire et les préjugés auxquels les acteurs racisés sont confrontés, même dans des projets qui se veulent inclusifs. Rachel Zegler précise qu'elle comprend la volonté de bien faire, mais que la méthode employée était humiliante. « C'était gênant », répète-t-elle, sans chercher à masquer son malaise.
Une carrière lancée malgré les obstacles
Malgré ces difficultés, Rachel Zegler a fini par décrocher le rôle qui allait changer sa vie. West Side Story sort en 2021 et salue sa performance. Elle remporte le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie, devenant la première actrice d'origine colombienne à recevoir cette distinction. Sa carrière s'accélère. En 2023, elle incarne Lucy Gray Baird dans Hunger Games : La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur, un rôle qui lui permet de montrer une autre facette de son talent, entre chant, courage et ambiguïté morale. Le film est un succès et confirme sa place parmi les jeunes stars les plus prometteuses d'Hollywood.
Elle enchaîne ensuite avec le remake en prises de vues réelles de Blanche-Neige, réalisé par Marc Webb. Ce projet, très attendu, a lui aussi suscité des polémiques, notamment autour du choix d'une actrice latina pour incarner le personnage éponyme. Rachel Zegler a répondu à ces critiques avec calme, rappelant que Blanche-Neige est un conte et que la diversité des interprétations est une richesse. Pour ce nouveau film de Disney, la jeune actrice a pu compter sur ses talents pour convaincre l'équipe, à commencer par le réalisateur Marc Webb. Ce dernier a été enchanté par son jeu et ses prouesses de chanteuse.
Marc Webb salue une « grâce optimiste et juvénile »
« Blanche-Neige a une grâce optimiste et juvénile. Même dans ses moments les plus sombres, elle trouve l'humanité et la beauté chez les autres », a-t-il déclaré. « Je pense que Rachel a cela en elle. Et il faut dire que lors de son test à l'écran, elle nous a fait pleurer avec son interprétation de Waiting on a Wish. » Ce témoignage du réalisateur confirme que, au-delà des questions d'identité et des polémiques, c'est bien le talent de Rachel Zegler qui a fini par s'imposer. Sa capacité à émouvoir, à chanter et à incarner des héroïnes complexes lui a permis de traverser les obstacles et de bâtir une filmographie variée.
L'actrice elle-même a souvent expliqué que son héritage colombien et polonais nourrit son jeu. Elle parle couramment espagnol, revendique ses racines et utilise sa notoriété pour défendre la représentation. Elle a également pris la parole sur des sujets comme le colorisme, le harcèlement en ligne et la pression exercée sur les jeunes actrices. Son parcours rappelle que la diversité à l'écran ne se décrète pas seulement par des castings ouverts : elle exige aussi de faire confiance aux artistes, sans leur demander de prouver sans cesse leur légitimité.
La question de la représentation à Hollywood
L'histoire de Rachel Zegler s'inscrit dans un débat plus large sur la représentation des communautés latines à Hollywood. Longtemps cantonnées à des rôles secondaires ou stéréotypés, les actrices et acteurs latinos ont dû lutter pour obtenir des personnages principaux sans être enfermés dans des cases. Le remake de West Side Story avait justement pour ambition de corriger les erreurs du passé. Mais la suspicion dont Rachel Zegler a été victime montre que les mentalités évoluent lentement. Certains producteurs semblent encore considérer que l'identité doit être visible, immédiatement reconnaissable, ou correspondre à un modèle unique, ce qui exclut les personnes métisses, les Latinos blancs, les Afro-Latinos et toutes les identités multiples.
Pour beaucoup d'observateurs, cet épisode révèle aussi une contradiction : les mêmes industries qui demandent aux acteurs racisés de prouver leurs origines ne leur offrent pas toujours des rôles écrits avec la même exigence de vérité. La représentation ne se limite pas à cocher une case sur une feuille de casting. Elle implique d'écrire des histoires nuancées, de confier des postes de pouvoir à des personnes issues de la diversité et de créer un environnement où les artistes ne sont pas obligés de se justifier. Rachel Zegler, par sa franchise, contribue à mettre en lumière ces enjeux.
Une star qui assume son héritage
Aujourd'hui, Rachel Zegler est l'une des jeunes actrices les plus en vue de sa génération. Elle a participé à des projets variés, du drame musical à la franchise dystopique, en passant par le blockbuster Disney. Elle continue de chanter, de danser et de prendre la parole sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Son histoire avec West Side Story reste un exemple marquant des obstacles supplémentaires auxquels les talents issus de minorités sont confrontés. Mais elle est aussi la preuve que le talent finit par s'imposer, même quand il faut faire venir sa grand-mère pour convaincre des exécutifs sceptiques.
Dans les colonnes d'Allure, Rachel Zegler n'a pas cherché à adoucir son récit. Elle a décrit la gêne, la frustration, mais aussi la détermination. Cette sincérité a été saluée par de nombreux fans et professionnels, qui y voient un pas de plus vers une industrie plus juste. Pour l'actrice, il ne s'agit pas de s'apitoyer, mais de rappeler que la légitimité ne devrait jamais être une question de nom ou d'apparence. Elle espère que les générations futures n'auront pas à vivre les mêmes situations. En attendant, elle continue d'avancer, rôle après rôle, avec la même grâce optimiste que Marc Webb a perçue chez elle.
« Je pense que Rachel a cela en elle. Et il faut dire que lors de son test à l'écran, elle nous a fait pleurer avec son interprétation de Waiting on a Wish. » Cette phrase du réalisateur de Blanche-Neige résume peut-être le mieux ce que Rachel Zegler apporte à l'écran : une émotion brute, une capacité à incarner des personnages lumineux même dans l'adversité, et une détermination à ne pas se laisser définir par les préjugés. Son parcours, de West Side Story à Hunger Games en passant par le château de Disney, témoigne d'une carrière construite sur le talent et la persévérance, malgré les questions intrusives et les doutes injustifiés.
Source: 20 Minutes News