La saison 2025 de Formule 1 a trouvé son principal fil rouge : le duel entre Oscar Piastri et Lando Norris. Les deux pilotes McLaren abordent la pause estivale séparés de seulement neuf points, après quatorze Grands Prix disputés. Un écart infime qui laisse présager une lutte acharnée pour le titre mondial lors des dix dernières manches. Jamais, depuis le début de l’ère hybride, une équipe n’avait autant dominé la scène avec deux pilotes aussi proches au championnat.
Du côté de la concurrence, on a d’ailleurs déjà jeté l’éponge, du moins officieusement. Max Verstappen, triple champion du monde en titre, est relégué à 97 points du leader australien et à 88 points du Britannique. Après son abandon en Hongrie, le Néerlandais a d'ailleurs reconnu qu'il ne s'imaginait plus l'emporter cette saison, lui qui ne compte que deux victoires. Son équipe Red Bull, qui a dominé la catégorie ces dernières années, semble désormais impuissante face aux monoplaces orange. George Russell (Mercedes), quatrième à 112 points, et Charles Leclerc (Ferrari), cinquième à 133 points, ne peuvent que constater les dégâts. Les McLaren sont tout simplement les voitures les plus rapides et les plus équilibrées du plateau, et leurs deux pilotes en tirent le meilleur parti.
Norris lance parfaitement sa saison
La bataille interne chez McLaren a commencé dès le premier Grand Prix, à Melbourne. Lando Norris s’est imposé dans des conditions piégeuses, sur une piste détrempée, pendant que son coéquipier Oscar Piastri, victime d'un tête-à-queue sous la pluie, ne finissait que neuvième. Ce résultat a immédiatement donné un avantage de 23 points au Britannique, l'écart le plus important jamais enregistré entre les deux hommes cette année. L'Australien, qui courait à domicile, a eu la mauvaise expérience, mais il a rapidement réagi.
Dès la manche suivante, en Chine, Piastri a signé la pole position puis la victoire, réduisant son retard à trois points seulement. Les courses suivantes, à Bahreïn puis en Arabie saoudite, ont confirmé une tendance : les deux pilotes sont d'une redoutable régularité. Après Bahreïn, Norris conservait toujours une avance très mince, mais la bascule allait se produire à Djeddah.
Piastri prend le pouvoir en Arabie saoudite
Le Grand Prix d'Arabie saoudite, quatrième manche de la saison, a marqué un tournant. Oscar Piastri s’est imposé tandis que Norris devait se contenter de la quatrième place. Ce résultat a propulsé l’Australien en tête du championnat pour la première fois de sa carrière. Depuis lors, le numéro 81 n’a plus jamais quitté cette position, même si son avance a beaucoup fluctué. Enchaînant une troisième victoire consécutive à Miami, il a porté son avantage à seize points, avant de le voir fondre après la victoire de Norris à Monaco, où Piastri terminait troisième.
Le duel a connu un moment plus tendu au Canada. Accrochage entre les deux coéquipiers, abandon de Norris, et un écart qui passait à 22 points en faveur de Piastri. Cet incident a relancé les interrogations sur la gestion de l'écurie, souvent accusée de laisser ses pilotes se battre librement au risque de perdre des points. Mais McLaren a toujours assumé cette philosophie, estimant que la meilleure voiture doit avoir les deux meilleurs pilotes en piste.
Le retour en force de Norris
Loin de se laisser abattre par son erreur canadienne, Lando Norris a réagi de la plus belle des manières. Lors des quatre Grands Prix qui ont suivi, il en a remporté trois : en Autriche, en Grande-Bretagne et en Hongrie. Seule la Belgique a souri à Piastri, qui y a signé sa quatrième victoire de l’année. Ce rythme effréné a permis au Britannique de revenir à neuf points de son rival juste avant la trêve estivale. Une remontée qui a changé la dynamique psychologique de ce duel, même si les intéressés refusent de se projeter.
Interrogé à Budapest sur la tendance en faveur de son rival, Oscar Piastri a tenu un discours serein : « Je ne parlerais pas vraiment de tendance, je ne m'en fais donc pas trop à propos de ça. C'est tellement serré qu'une seconde de différence peut faire tourner les choses très différemment. Je ne suis pas du tout inquiet et ma première moitié de saison a été très bonne. La suite sera très belle à suivre. » Un message qui en dit long sur la confiance du jeune Australien, âgé de seulement 24 ans, déjà vice-champion du monde en 2024 dans une saison où il avait marqué les esprits par sa montée en puissance.
Deux pilotes aux profils complémentaires
Ce duel doit beaucoup aux qualités intrinsèques des deux protagonistes, que l’on résume souvent par l’opposition entre l’expérience académique de Norris et l’audace instinctive de Piastri. Lando Norris, qui dispute sa septième saison en Formule 1, a longtemps été considéré comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération, sans jamais réussir à concrétiser en titre. Il a accompagné McLaren dans sa reconstruction, depuis les années difficiles jusqu’au retour au sommet. Cette saison, il a appris à gérer la pression d’une lutte au sommet, même si quelques erreurs de gestion en course ont déjà coûté cher, comme ce fameux « patingate » dont les médias britanniques ont longtemps parlé.
Oscar Piastri, lui, n’a connu que trois saisons complètes en F1, mais son palmarès en catégories inférieures est éloquent : champion de Formule 3, champion de Formule 2, puis une première année en F1 en 2023 où il a déjà décroché un sprint et une victoire en course. Il est souvent décrit comme un pilote froid, calculateur, capable de faire la différence le dimanche en course, même quand il part derrière son coéquipier en qualifications. Cette complémentarité rend leur duel d’autant plus indécis.
Des chiffres qui disent tout
Au terme des quatorze premières manches, Oscar Piastri compte sept podiums, dont quatre victoires. Lando Norris, de son côté, totalise huit podiums et cinq victoires. Une victoire de plus pour Norris, mais un déficit de neuf points, ce qui illustre parfaitement la régularité de l’Australien. Piastri est monté sur le podium lors de onze des quatorze courses ? Une statistique que l’on peut vérifier, mais qui résume bien sa constance. Les deux hommes ont également signé sept poles chacun, un équilibre parfait qui se reflète aussi en qualifications.
L’avantage de l’un se joue souvent dans les détails : gestion des pneus, choix de stratégie, ou simplement la réussite dans les neutralisations. En Hongrie par exemple, Norris a profité d’un timing parfait au restart pour dépasser son coéquipier, tandis qu’en Belgique, c’est Piastri qui a su faire la différence dans le dernier relais. Cette intrication des forces annonce une deuxième moitié de saison passionnante.
Red Bull et les autres, simples spectateurs
La hiérarchie actuelle est sans appel : sur les quatorze courses, McLaren en a remporté neuf, contre deux pour Red Bull, deux pour Mercedes et une pour Ferrari. Max Verstappen, malgré son talent indéniable, semble payé cher les problèmes de stabilité de sa RB21, qui devient de plus en plus difficile à piloter au fil des semaines. Le Néerlandais a concédé neuf podiums seulement, contre plus de dix pour chacun des deux pilotes McLaren. Chez Red Bull, on admet en privé que le titre des pilotes est perdu, et qu’il faut désormais se concentrer sur la bataille pour la troisième place du championnat constructeurs, face à Mercedes et Ferrari.
George Russell et Charles Leclerc ont chacun montré des éclairs de talent, mais leurs voitures ne leur permettent pas de s’immiscer régulièrement dans le duel de tête. Le premier a remporté une victoire à Silverstone ? En réalité, c’est Norris qui a gagné là-bas, mais Russell a signé des podiums. Le second est encore en quête de sa première victoire de la saison. Il est vrai que la monoplace italienne a souffert de son concept aérodynamique, incapable de suivre le rythme de développement des équipes de pointe.
Un calendrier propice au suspense
Après la trêve, les dix dernières manches offriront un mélange de circuits classiques et de tracés plus atypiques. Zandvoort, première étape fin août, est un circuit qui réussit traditionnellement à Lando Norris, vainqueur en 2024 et 2025 ? En tout cas, le tracé néerlandais, avec ses virages inclinés et son atmosphère unique, a souvent souri aux deux pilotes McLaren. Suivront Monza, Singapour, Austin, Mexico, São Paulo, Las Vegas, Losail, Abu Dhabi. Tous ces tracés ont leurs spécificités, et la moindre variation de températures ou de surface pourrait faire basculer l’avantage d’un côté ou de l’autre.
La bataille sportive a aussi un enjeu financier et symbolique : le premier titre de l’ère McLaren-Honda ? Non, plutôt le premier titre mondial pour l’un des deux pilotes. Pour Lando Norris, ce serait la consécration d’un parcours entamé en 2019 ; pour Oscar Piastri, l’accomplissement d’une ascension fulgurante. L’équipe de Woking, elle, vit une période dorée, avec un titre constructeurs quasi assuré. Reste à savoir lequel de ses deux poulains succédera à Max Verstappen au palmarès.
Les prochains jours seront consacrés à la préparation physique et mentale, avec une pression qui va monter d’un cran. Les deux hommes se retrouveront en piste à Zandvoort le dernier week-end d'août pour le 15e acte de leur duel. Avec, sans doute encore une fois, les 18 autres pilotes en spectateurs, mais avec une certitude : ce championnat se jouera entre eux, jusqu’à la dernière ligne droite.
Source: L'Équipe News