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"Hurry Up Tomorrow": le film expérimental d'Abel Tesfaye pour dire adieu à The Weeknd

Nov 03, 2026  Twila Rosenbaum  27 views
"Hurry Up Tomorrow": le film expérimental d'Abel Tesfaye pour dire adieu à The Weeknd

Abel Tesfaye choisit le cinéma pour refermer une page majeure de sa carrière. Avec Hurry Up Tomorrow, présenté comme un thriller psychologique expérimental réalisé par Trey Edward Shults, l’artiste canadien fait ses adieux à son alter ego The Weeknd. Le film sort en salles le vendredi 16 mai 2025 et accompagne l’album du même nom, paru en janvier dernier. Ce projet ne se limite pas à un clip prolongé ni à un documentaire sur la création musicale : il s’agit d’une œuvre de fiction introspective, à mi-chemin entre réalité et invention, dans laquelle Abel Tesfaye interroge la frontière entre l’homme et le personnage public.

Dans le synopsis, il incarne un musicien rongé par l’insomnie, entraîné par l’une de ses fans dans une odyssée qui l’amène à remettre en question les fondements mêmes de son existence. Cette prémisse reflète les thèmes de l’album : la fatigue, la célébrité, la perte de repères, le besoin de renaissance et la difficulté à se défaire d’une identité construite sous les projecteurs. Le long-métrage s’inscrit donc dans une démarche cathartique, celle d’un artiste qui souhaite regarder en face le personnage qu’il a porté pendant plus d’une décennie.

Un adieu cathartique après un incident marquant

La décision d’Abel Tesfaye prend racine dans un épisode précis. En 2022, lors d’un concert à Los Angeles, il perd sa voix sur scène. Cet incident, dépeint dans le film, provoque chez lui une dépression nerveuse et un long cheminement de réflexion. Il explique alors vouloir comprendre ce qui lui est arrivé, mais aussi profiter de ce moment pour clore deux chapitres de sa vie : celui de l’album et celui de The Weeknd.

Dans un entretien, il confie que d’habitude les événements extérieurs nourrissent sa création, mais que cette fois, l’incident l’a poussé à faire un travail plus intime. Il évoque le besoin de vivre un moment cathartique, de répondre aux questions qui l’habitaient et de tourner la page d’une personnalité qu’il avait déjà tenté d’effacer. Le choix du support n’est pas anodin : il dit avoir eu la chance de « brûler ce personnage sur une pellicule 35 mm », une image forte qui associe la disparition de l’alter ego à la matérialité du cinéma. La pellicule devient ainsi le support d’une sorte de rituel funéraire, mais aussi d’une renaissance artistique.

Un thriller psychologique entre fiction et réalité

Avec Trey Edward Shults à la réalisation, Hurry Up Tomorrow adopte une approche immersive et tendue. Le cinéaste s’est fait connaître par des films comme Krisha, It Comes at Night et Waves, où il explore les fractures familiales, l’angoisse et les conflits intérieurs. Son style, souvent fondé sur des climats oppressants et une mise en scène sensorielle, semble adapté à l’univers nocturne et introspectif de The Weeknd. Le film n’est pas présenté comme une biographie classique, mais comme une fiction conceptuelle qui emprunte à la vie de l’artiste pour mieux la transformer.

Cette ambiguïté entre fiction et réalité est au cœur du projet. Abel Tesfaye joue un musicien qui lui ressemble, mais le récit le place dans une situation romanesque. L’insomnie, la voix perdue, la relation avec une fan obsessionnelle et la remise en question existentielle constituent des motifs à la fois personnels et symboliques. Le titre Hurry Up Tomorrow suggère d’ailleurs une forme d’urgence : celle de tourner la page, d’atteindre le lendemain, de sortir d’un cycle. Il peut aussi être lu comme une promesse de renouveau après une période d’enfermement intérieur.

Un album final et un film compagnon

Hurry Up Tomorrow est le dernier volet d’une trilogie commencée avec After Hours en 2020, poursuivie avec Dawn FM en 2022. Ces deux projets avaient déjà installé une narration visuelle et sonore autour de la nuit, du purgatoire, de la célébrité et de la quête de rédemption. Le dernier album prolonge cette trajectoire en poussant plus loin les thèmes de l’insomnie, de l’anxiété et de la dissolution de l’identité. Le film ne se contente pas d’illustrer les chansons : il propose une variation narrative, comme si l’artiste avait choisi deux langages, la musique et le cinéma, pour raconter la même métamorphose.

Cette double sortie permet à Abel Tesfaye de donner une cohérence à son geste. L’album offre une matière sonore, le film apporte une présence physique et dramatique. Ensemble, ils forment un adieu prolongé, presque une cérémonie. Le public y retrouve les obsessions de The Weeknd — les lumières nocturnes, les tensions psychologiques, la solitude de la célébrité — mais aussi une volonté de dépassement. Le personnage n’est plus seulement une voix sur des productions brillantes : il devient une figure de cinéma, exposée, fragile et finalement libérée par la fiction.

Jenna Ortega et Barry Keoghan rejoignent le casting

Pour porter cette histoire, Abel Tesfaye s’entoure de deux acteurs au profil international. Jenna Ortega, révélée notamment par la série Mercredi, incarne une fan obsessionnelle qui tente d’entrer dans la vie du musicien. Son personnage introduit une tension supplémentaire : celle du regard extérieur, de l’admiration qui devient intrusion, de la frontière ténue entre affection et possession. Barry Keoghan, comédien irlandais remarqué dans Saltburn ou Les Banshees d’Inisherin, joue l’un des amis du protagoniste. Sa présence apporte une autre nuance, celle des liens personnels qui se fragilisent lorsque la célébrité et la crise intérieure prennent toute la place.

Le casting témoigne de l’ambition du projet. Abel Tesfaye ne cherche pas à s’entourer de simples apparitions, mais de comédiens capables de soutenir un récit psychologique. Jenna Ortega apporte une énergie à la fois jeune et inquiétante, tandis que Barry Keoghan possède une capacité à incarner des personnages ambivalents. Leur association avec The Weeknd crée un triangle relationnel qui devrait nourrir l’atmosphère du film, entre fascination, amitié et déstabilisation.

The Weeknd, un artiste déjà familier du cinéma

Ce n’est pas la première incursion d’Abel Tesfaye dans le cinéma. En 2019, il apparaît dans Uncut Gems de Josh et Benny Safdie, aux côtés d’Adam Sandler. Le film, déjà marqué par une tension constante et une esthétique nerveuse, offre à l’artiste un rôle qui prolonge son image publique : celle d’une star nocturne, énigmatique et insaisissable. Cette expérience lui permet de se familiariser avec un plateau de cinéma exigeant et avec un mode de narration différent de celui des clips musicaux.

En 2023, il crée et interprète également la série The Idol, en collaboration avec Sam Levinson. Il y incarne Tedros, un propriétaire de boîte de nuit trouble, à la recherche de nouveaux talents. La série, qui réunit notamment Lily-Rose Depp, Jennie du groupe Blackpink, Da’Vine Joy Randolph et Rachel Sennott, a suscité de nombreux débats. Elle confirme en tout cas la volonté d’Abel Tesfaye d’explorer des personnages sombres et des univers saturés, où la musique, le pouvoir et la manipulation se mêlent.

Son parcours musical l’a également préparé à ce passage vers la fiction. Depuis les mixtapes House of Balloons, Thursday et Echoes of Silence au début des années 2010, The Weeknd a construit une persona fondée sur le mystère, la nuit et les contrastes. Les albums Beauty Behind the Madness, Starboy, After Hours et Dawn FM ont progressivement transformé cette figure en superstar mondiale, sans jamais abandonner une part d’ombre. Le cinéma apparaît alors comme l’aboutissement logique d’un univers déjà très visuel.

Une sortie attendue et un symbole fort

La sortie de Hurry Up Tomorrow le 16 mai 2025 intervient après plusieurs mois de suspense autour de l’avenir de The Weeknd. L’artiste avait laissé entendre qu’il comptait laisser son alter ego derrière lui, sans préciser immédiatement la forme que prendrait cet adieu. Le film donne une réponse concrète : la séparation se fera par la fiction, sur grand écran, avec une œuvre qui assume son caractère expérimental. Le projet s’adresse autant aux fans de la première heure qu’aux spectateurs curieux de voir comment une star de la pop négocie sa propre mythologie.

Par son casting, son réalisateur et son dispositif narratif, Hurry Up Tomorrow dépasse donc le cadre du film musical. Il s’agit d’un objet hybride, à la fois prolongement d’un album, autoportrait fictionalisé et thriller psychologique. Abel Tesfaye y transforme la fin d’un personnage en matière cinématographique, avec l’idée de regarder une dernière fois The Weeknd avant de le laisser derrière lui. La pellicule 35 mm, la voix perdue, l’insomnie et la figure de la fan obsessionnelle composent un ensemble cohérent, où la célébrité est moins un triomphe qu’une épreuve intime.

À l’heure où les artistes multiplient les projets transmedia, ce film se distingue par sa dimension personnelle. Il ne s’agit pas seulement de lancer un album ou d’entretenir une campagne marketing, mais de mettre en scène une séparation. Le geste rappelle que les alter egos de la pop ne sont jamais de simples noms de scène : ils deviennent des personnages, avec leur histoire, leurs codes et leurs blessures. En choisissant de les tuer symboliquement sur pellicule, Abel Tesfaye espère sans doute se libérer d’un rôle devenu trop grand.

Le public devra attendre la sortie en salles pour découvrir comment Trey Edward Shults et son équipe traduisent cette ambition à l’écran. Une chose est sûre : Hurry Up Tomorrow marque un tournant dans la carrière d’Abel Tesfaye. Le film accompagne la fin de The Weeknd tout en ouvrant une nouvelle phase, celle d’un artiste qui utilise le cinéma pour raconter ce que la musique seule ne suffit plus à dire. Jenna Ortega et Barry Keoghan apportent à ce récit leur intensité, tandis que la réalisation de Shults promet une plongée dans les zones grises de la célébrité.


Source: BFM News


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