Doja Cat, de son vrai nom Amala Ratna Zandile Dlamini, est une artiste qui défie toute catégorisation. Avec la sortie de son cinquième album studio Vie et l'annonce de sa tournée mondiale « Tour Ma Vie World Tour », elle continue de repousser les limites de la pop. Ce tour inclut deux dates en France : le 6 juin à la LDLC Arena de Lyon et le 9 juin à l'Accor Arena de Paris. Mais comment cette tornade créative a-t-elle réussi à propulser la pop dans une nouvelle dimension ?
Une enfance atypique
Née le 21 octobre 1995 à Los Angeles, Doja Cat a grandi dans un environnement artistique et spirituel unique. Sa mère, Deborah Sawyer, est une graphiste et peintre juive ashkénaze, tandis que son père, Dumisani Dlamini, est un acteur et producteur zoulou sud-africain. Peu après sa naissance, son père retourne vivre en Afrique du Sud, laissant sa fille aux soins de sa grand-mère maternelle, une peintre et architecte à Rye, dans l'État de New York. Pendant cinq ans, elle vit avec cette grand-mère avant de rejoindre sa mère et son frère dans un ashram dans les montagnes de Los Angeles. Cet ashram était une communauté hindoue fondée par Alice Coltrane, l'épouse du légendaire musicien de jazz John Coltrane. Alice Coltrane, prêtresse du jazz extatique, initie la jeune Doja Cat au jazz avant-gardiste et au bhajan (chants dévotionnels hindous).
Cette enfance hors norme forge son identité artistique. Lorsque sa famille déménage dans la banlieue majoritairement blanche d'Oak Park, elle subit le racisme de ses camarades. Dans une interview à Billboard, elle confie : « C'était vraiment dur pour moi par moments. » Pour s'évader, elle pratique le skate, le surf et le breakdance. Sa tante, professeure de chant, l'aide à auditionner pour intégrer un lycée dédié aux arts du spectacle à Los Angeles. Cependant, l'adolescente sèche souvent les cours pour passer des heures sur Internet, où elle participe à des forums de discussion. Elle raconte à Paper : « Les gens s'en prenaient à moi et utilisaient un langage horrible... Je suis devenue celle qui faisait des blagues blessantes et qui faisait des choses un peu décalées. »
Une ascension fulgurante
À 16 ans, Doja Cat abandonne l'école pour se consacrer à la musique. Elle vit de manière « désordonnée », passant ses nuits et ses journées sur le Web. Avec GarageBand, elle bidouille des morceaux, enregistrant sa voix sur des beats trouvés sur YouTube, puis les partage sur SoundCloud. « J'étais sur mon matelas, par terre, avec une couverture sur la tête, et j'enregistrais avec le micro interne. C'était vraiment brouillon, mais les gens appréciaient », se souvient-elle. En 2013, son premier single So High devient un succès sur SoundCloud. NPR le qualifie d'« hymne downtempo et fumant ». Ce titre attire l'attention de Kemosabe, un label de RCA Records, avec lequel elle signe cette même année. En 2014, son premier EP Purrr! est acclamé, et le magazine Vibe la surnomme « prodige psychédélique de 18 ans ».
Le tournant survient en 2018 avec le single viral Mooo!, une vidéo délirante où elle se filme en costume de vache. Ce morceau, tiré de son premier album Amala, devient un mème planétaire. Mais c'est avec Hot Pink (2019) et son tube Say So qu'elle s'impose comme une star mondiale. Le titre atteint le top 10 du Billboard Hot 100, et le remix avec Nicki Minaj lui vaut un Grammy. En 2021, l'album Planet Her consolide son statut avec des hits comme Kiss Me More (avec SZA) et You Right (avec The Weeknd). L'album est nominé aux Grammy Awards et remporte celui de la meilleure collaboration pop. Doja Cat enchaîne les collaborations prestigieuses : Best Friend avec Saweetie, Streets avec la version remixée, etc.
Une personnalité clivante
Doja Cat ne se contente pas de faire de la musique ; elle cultive une image provocante et sans filtre sur les réseaux sociaux. Ses tweets anciens contenant des propos homophobes, l'emploi du n-word, ou des moqueries envers les victimes de violences policières lui valent de nombreuses controverses. Pourtant, elle parvient à chaque fois à s'en sortir avec des excuses maladroites. En 2023, elle s'engage dans une guerre ouverte avec ses fans, déclarant : « Je ne suis pas votre petite poupée », et « Je ne vous aime pas, parce que je ne vous connais pas ». Elle critique même son propre travail, qualifiant sa pop de « médiocre » et ses albums de « machines à frics ». Certains observateurs pensent que cet alter ego maléfique, Scarlet, est en réalité une mise en scène pour dénoncer le star-system.
Cette attitude fait d'elle une figure polarisante. Ses clips, ses chorégraphies et ses apparitions publiques (comme le Met Gala en Choupette ou le défilé Schiaparelli couverte de 30 000 cristaux Swarovski) sont de véritables happenings. Elle twerk sur scène, mais intègre aussi des éléments de ballet. Sa mode oscille entre le kitsch et le futurisme. Tout cela fait d'elle une artiste caméléon qui refuse de stagner.
Une artiste caméléon
Doja Cat s'inspire de David Bowie par son sens de la transformation et de la provocation. Sa mère et sa grand-mère, toutes deux peintres, l'ont encouragée à explorer la mode et les expériences visuelles. De la pop acidulée de Planet Her au hip-hop horrifique de Scarlet, jusqu'à l'esthétique camp infusée de funk de Vie, elle est toujours là où on ne l'attend pas. Son flow est un mélange de nonchalance et de précision chirurgicale. Ses textes passent de l'humour absurde à l'uppercut émotionnel. The Weeknd a dit d'elle : « Elle a une telle énergie et une telle vision créative que son impact se fera sentir pendant très longtemps. »
En brisant les barrières entre le rap, le R&B et la pop, Doja Cat a forcé le mainstream à devenir plus éclectique. Elle a démontré qu'une rappeuse pouvait faire de la pop et vice versa, tout en imposant un style authentique et absurde. Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, elle ne laisse personne indifférent, et son influence sur la musique contemporaine est indéniable. Sa tournée mondiale promet d'être un événement qui marquera l'année 2026.
Source: 20 Minutes News